Archive pour septembre 2006

Liminaire

Mercredi 13 septembre 2006

Le Livre du Boz n’est ni un roman, ni un poème, ni un conte, encore moins un drame ou un essai.

Il n’est rien, hormis le style qui l’inspire et le hante, jusqu’à l’excès.

Ici, point de repères.

Aucune balise.

On vogue au gré du vent.

Les histoires se tissent, finissent, renaissent, au fil de l’eau, avant qu’une tempête ne se lève pour nous emporter au loin, au seuil d’une nouvelle vision.

Car, tel est le Livre du Boz : une œuvre hors normes, inclassable, créée par un errant pour d’autres errants.

A écouter :

> Le liminaire, lu et commenté par Julien Friedler.

Lettre 1

Mercredi 13 septembre 2006

Shaman

A l’heure où les grandes utopies de jadis sont en passe de s’effondrer, et où fleurissent les sectes et les bonimenteurs, nous nous proposons d’entamer une recherche dont le but avéré sera de produire ce « supplément d’âme » dont tant ont besoin. A cette fin, plusieurs disciplines auront été investies, tributaires de notre propre parcours (ce qui laisse supposer d’autres parcours, différents du nôtre, à même de féconder le travail en cours). Pour l’essentiel, il s’agira :

1° D’une théologie, basée moins sur Dieu que sur son fantasme.

2° De la philosophie, où récusant la République de Platon, qui bannissait artistes et poètes, nous tenterons la mise en place d’un « village du Boz » centré sur les arts plastiques. L’idée sera celle d’un « nouveau lien social » conçu à l’instar d’une œuvre d’art (exemple, création d’une communauté internet).

3° De la psychanalyse, entendue comme une investigation de l’appareil psychique, ceci sans préjuger de l’apport inestimable des neurosciences.

4° Des arts plastiques et de la poésie, conçus tels un rempart de liberté, contre toute velléité dogmatique.

5° Des savoirs pratiques (mode, BD, jeux video, etc.) dont les avancées concerneront tout un chacun, au fil du quotidien. Ils seront comme la pointe avancée d’un univers qu’on voudrait libertaire, non élitiste, et voué au plus grand nombre.

Un vaste programme, donc. Si vaste qu’il nécessitera la mise en œuvre de plusieurs stratégies complémentaires. Ainsi de celle-ci : un dévoilement progressif, aussi lent que possible de l’acquis. Un dévoilement qui progressera sur des « pattes de velours », de résonance en résonance, fragment par fragment, pensée après pensée, de sorte à créer l’image unitaire du Grand Oeuvre. A savoir : un univers en quête du divin.

Portrait de Julien Friedler

Mercredi 13 septembre 2006

Julien Friedler est né en 1950 à Bruxelles. Il est psychanalyste de formation et écrivain. Ancien analysant de Jacques Lacan, il dirige « La Moire » qu’il a fondée en 1994 et qui a pour vocation de promouvoir une réflexion multidisciplinaire sur l’appareil psychique.

Il est l’auteur de Psychanalyse et neurosciences : La légende du Boiteux (Puf, 1995), L’oeil d’Oedipe (Puf 2004), de récits poétiques et de fictions.

Son travail en tant qu’artiste va de la peinture à la performance et aux installations.

Table des Matières

Mercredi 13 septembre 2006

PREMIER LIVRE

  1. LES DIMENSIONS PLASTIQUES DU LIVRE DU BOZ
  2. LE PREAMBULE                                         
  3. TROIS PERSONNAGES EN QUêTE D’AVENTURE
  4. MON PREMIER PERSONNAGE : JACK BALANCE                     (more…)

Dimensions plastiques du Livre du Boz

Mardi 12 septembre 2006

(les œuvres concernées seront dûment répertoriées et numérotées)

LA PAROLE DES ANGES (PA)

On concevra cette parole comme une « langue fondamentale » sous-jacente à la prolifération des discours. Constituée de 20 signes fondamentaux, elle s’incarnera dans des tableaux aux effets moirés, dans des sculptures aux formes primitives, ou dans des installations monumentales. On voudra de la sorte promouvoir une mystique, impliquant le Sujet aux racines. Face aux œuvres proposées, le spectateur choisira son cheminement : telle séquence en particulier ; une configuration singulière, découverte au hasard ; voire une nouvelle disposition, reconstruite sur base de l’œuvre regardée. Dans tous les cas, l’interprétation sera de son cru, déterminée par ses propres apanages. Aux extrêmes, notre spectateur aura une vision synthétique, contemplative et non réductible, qui lui révélera son désir.

"Le Cheminement céleste" par Julien Friedler


L’ECUME DU MONDE (EM)

Ces œuvres visent l’éphémère, avant de le figer en icône. A cette fin, elles traquent l’actualité pour en saisir l’essence. Un visage fugitif, lors d’une émeute ; un « grand homme » sacralisé par la presse ; un tableau enterré dans un musée ; une meute de photographes, saisie sur le vif ; un tatouage sur une peau glabre : les occasions seront nombreuses pour cerner, sublimer, et transfigurer la réalité. A cet égard, une œuvre sera emblématique : un « E=MC³, fait de néons multicolores, assorti d’un opuscule signé par un physicien. Un opuscule où seront décrits les effets (déséquilibre atomique, catastrophes climatiques, nouvelles formes de vie…) dûs à un simple changement de puissance (C³ au lieu de C²).

L'Ecume du Monde


L’ANTRE AUX IMAGES (AI)

Cette série traversera le Livre du Boz de part en part. Souvent féerique, elle traduira sous une forme plastique des scènes, des événements, des personnages, voire des passions et des fantasmes issus du texte comme tel. L’inverse pourra aussi s’avérer. Plus d’une fois nous assistâmes à ce spectacle saisissant : des sculptures, des peintures et des installations revenant tout à coup à la vie. Leurs protagonistes sortaient alors de leur mutisme pour plonger à corps perdu dans le récit. Cela, au grand désespoir de l’écrivain, qui pressuré de toutes parts, ne savait plus où donner de la tête.
La Vision du Shaman - peinture de Julien Friedler

Une quatrième dimension sera aussi envisagée : « MA VIE ». (MV)
Consacrée au narrateur, elle alignera des travaux énigmatiques, semblables à des rébus. Ainsi de cet « Autoportrait au bâillon » daté de 1998. A sa façon, il connotera un manque, une parole inaudible, un secret qu’on aurait tort de vouloir déflorer.

Autoportrait au baillon - par Julien Friedler

Le Boz et le Net

Lundi 11 septembre 2006

Le Livre du Boz a été conçu comme un texte fondateur. Sa structure est celle d’un hypertexte, justiciable d’une lecture non linéaire. D’où son caractère insaisissable et vertigineux, destiné à introduire le lecteur dans un univers sans cesse en mouvement. Le mettre en ligne ne sera donc pas de tout repos. Car comment préserver sa richesse, tout en restant pédagogique ? Comment le donner à lire sans le trahir ? A bien y réfléchir, la prudence sera de mise, garante d’une lenteur de bon aloi. On procédera donc de la façon suivante : un dévoilement progressif du récit comme tel, sous une forme somme toute classique (l’Arbre), assorti sur les marges du réseau d’associations, résonances, répétitions et renvois qui fondent sa véritable trame (les Racines). Des « mots pistes » seront ainsi soulignés dont le parcours révélera des textes adjacents qui fourniront à leur tour d’autres « liens », créant peu à peu l’image d’un rhizome infini. Un rhizome que l’internaute pourra d’ailleurs redécouper, inverser, détourner ou concasser à sa guise, au gré de ses propres désirs. Ceci, afin qu’il rebondisse « ailleurs », en un lieu différent, qu’il lui appartiendra de redéfinir, de créer, de remodeler afin que d’autres puissent aussi le remanier, pour en parfaire leur propre périple.

Préambule

Lundi 11 septembre 2006

A ce jour, le Boz reste un mystère. A vouloir pourtant l’illustrer, on évoquerait une religion inédite fomentée par les artistes. Monothéiste, en son essence, celle-ci s’alliera à d’autres spiritualités. Franchissant le Rubicon - les 3 monothéismes - le Boz s’inquiétera des yogis, des boddhisattvas, des védas et des brahmanes. Car le Boz les contient tous, au même titre que les rabbins, les prêtres, les pasteurs ou les mollahs (liste non exhaustive).

De Jérusalem à Bénarès, le Boz s’avancera comme une fantastique nébuleuse, grosse de légendes. Il y a de l’« Alice au pays des merveilles » dans le Boz. Quant aux officiants, ils se subdiviseront en quatre groupes distincts : les Hommes, les Personnages, les Anges, et, pour épicer le tout, le menu peuple des accessoires (poupées, ciseaux, châssis, peluches, pinceaux, colles, crayons, vernis, appareils photos, chevalets, valises, etc.). Esclaves parmi les esclaves, ceux-ci se joindront aux Ustensiles pour combattre leurs ennemis.

Car l’affaire est loin d’être sérieuse. Elle sera même plutôt cocasse. A tel point, qu’une citrouille se transformera illico en carrosse, pour la grande joie des bambins qui applaudiront à tout rompre.

Notre article de foi sera le suivant : que l’Art Actuel parachève et finalise l’Art Contemporain. On identifiera ledit phénomène par une référence appuyée à l’Enfance. Celle-ci emportera des artistes aussi différents que Maurizio Cattelan, Jeff Koons ou Takashi Murakami. Ou encore, Mike Kelley, Paul McCarthy, les frères Chapman, Annette Messager, Alain Séchas - voire un peintre aussi inactuel que Balthus.

Le Boz opérera dès lors ce renversement : que cet appel à l’enfance soit aussi et en même temps un retour à l’ENFANCE DE L’ART. Le Boz signifiera un pur surgissement au cœur d’une esthétique décadente. Couleurs minimalistes, sculptures baroques et performances maniéristes, iront se désintégrer, s’anéantir et mourir, avant de renaître autrement. Car il est une aspiration au vide inhérente à l’artiste. Celle-ci l’aiguillonnera, l’obligera à se dépasser, malgré l’incurie environnante.

Comme tel, le Boz contiendra tous les livres écrits de par le monde. Il contiendra aussi la somme de toutes les œuvres d’art produites depuis la haute préhistoire. Mieux encore : possédant une mémoire prodigieuse, il inclura le vécu intérieur de l’humanité entière. Car tel est le Boz : l’intégrale du savoir et de l’expérience humaine depuis l’orée.

Conscient de ses responsabilités, il oeuvrera aussi sur l’autre Versant. Car, là-bas, dans le monde des Hommes, la situation n’était guère encourageante. Dénatalité. Dérèglement des valeurs. Affaiblissement de l’Etat Nation. Déliquescence des familles. Mise à mort des grandes utopies. Uniformisation des psychés. Montée en puissance de l’Islam radical. Le mal gagnait toute la planète.

Pourtant, le Boz n’en démordra pas. Il continuera sur sa lancée. Il aura ses temples, ses héros, son clergé, ses rituels, ses prières, et même ses tables de la loi. Vu son succès le Boz affichera complet. Des foules immenses le suivront en chantant des hymnes à sa gloire. Des fleurs multicolores jalonneront sa route. Car, le Boz est bon !

Doté de mille visages, sujet à de multiples métamorphoses, il oeuvrera surtout à cette chose faramineuse : la rédemption de l’Artiste.

Ce sera sa gageure.

Son caprice.

Son ultime pari.

Ce sera aussi l’occasion d’un long récit plein de péripéties et de rebondissements. On l’appréhendera comme un voyage initiatique ou une traversée du miroir, destiné à faire pièce à l’horreur qui nous habite.

Et, maintenant, assez parlé !

Que l’aventure commence !

Archives

Lundi 11 septembre 2006


ARCHIVES

Nous procèderons ici comme pour d’autres rubriques : avec lenteur et prudence. Ceci afin d’introduire le voyageur au cheminement qui fut le nôtre.

Mon premier personnage - Jack Balance

Lundi 11 septembre 2006

Je trouvai mon premier personnage au fond d’une boite d’allumettes .

Il dormait à poings fermés.

Il s’appelait Jack Balance et je le connaissais depuis longtemps.

Ce jour-là, je me trouvais à Milan, devant un immeuble de trois étages, sis au 11 via delle Stelle. Il devait être environ 22h et la maison était violemment éclairée. Eclats de voix. Musique disco. Va-et-vient des invités. L’ambiance était à la fête. Par la porte entrebâillée, j’entrevis un drôle de bonhomme. L’individu était habillé d’une chemise de nuit, et d’un bobo à pompon.

Dans sa main droite, il tenait un bougeoir avec une chandelle éteinte.

Il courait dans les couloirs en criant « Je cherche la lumière ! Je cherche la lumière ! Je vous en prie éclairez ma chandelle ! » Les badauds s’arrêtaient, souriaient, pour l’oublier aussitôt. Ce « chercheur de lumière » sera récurrent. Le Boz lui consacrera un chapitre sur les mille qu’il contient. Un hymne sera même composé à sa mémoire.

En attendant, d’un signe de la main, il m’invitait à entrer.

Toutefois, j’hésitais à franchir le seuil. Affligé d’une timidité maladive, je ne voulais pas m’introduire chez de parfaits inconnus.

Sous la sonnette, une plaque de bronze annonçait la couleur. Il était écrit :

FONDATION MUDIMA POUR L’ART CONTEMPORAIN.

SONNEZ TROIS FOIS UN GROOM VOUS OUVRIRA.

(more…)

“L’hilarante tristesse de Julien Friedler”

Samedi 9 septembre 2006

Article paru dans "Le Soir" du 10 octobre 1985, à l’occasion de la parution de L’ombre du Rabbin.

"Non, ce livre n’est pas traduit de l’hébreu, ni du yiddish, ni du polonais, ni, éventuellement, de l’américain. Il est écrit en français par un auteur belge, mais il est probable qu’avant longtemps il aura sa traduction en hébreu, en yiddish, en américain et, pourquoi pas ?, en polonais, pour ne pas parler d’autres langues encore où il fera beaucoup d’heureux.

C’est un merveilleux recueil de nouvelles, imprégné de traditions juives, dont la fantaisie renoue avec tout un passé culturel, dont l’humour, souvent irrésistible, évoque Agnon et Malamud et où l’émotion est omniprésente, comme chez Singer.

L’Ombre du Rabbin est une révélation et son auteur Julien Friedler, qui avait fait paraître assez discrètement, il  y a trois ans, un premier livre intitulé Mosaïque, n’a pas fini de faire parler de lui.

La plupart de ces récits sont des fables, elles ont pour protagonistes autant d’êtres humains que d’animaux, et même une huitre, crustacé rarement recruté par la fiction, dont nous est contée la déportation et le martyre dans cet effroyable théâtre d’atrocités qu’est une cuisine de grand restaurant parisien.

La liberté d’affabulation de Julien Friedler est totale : il va jusqu’à situer l’une de ses histoires dans une bouche, où il nous fait élire domicile jusqu’au moment où un grand cri est éructé. L’un des personnages est un fondeur d’or, qui fut lui-même victime du processus qu’il fit subir au précieux métal, puisqu’il se trouvera un jour transformé en colle et en savon, mais finit par se réjouir de ce sort, qui lui permet de prendre ses distances d’un hallucinant carnaval où les douches arrosent les participants de confetti…

On y perd joyeusement son hébreu, à suivre les péripéties qu’imagine Friedler, qui se moque des catégories du temps, de l’espace, du réel et de l’imaginaire, qui fait surtout une confiance absolue au langage, et jongle avec les associations, les connexions, les connotations, en virtuose qu’il est, comme l’un de ses personnages, de la "guématria", technique qui admet toutes les correspondances entre lettres et chifres, et ce jusqu’au délire.

Ce Livre bourré jusqu’à la gueule d’idées et de trouvailles se lit, en plus, comme une bande dessinée - Friedler est aussi expert en onomatopées que Franquin - et divertit à chaque page. Il est vrai qu’il est un ancien dicton juif que la tristesse est un péché…"

 

D’autres articles allaient suivre, élogieux pour la plupart. Cependant, la promesse ne sera pas tenue.

Pour des raisons anecdotiques, d’abord (un mariage, un enfant, la nécessité de gagner son pain) mais aussi, pour des raisons plus profondes, tenant à notre rapport à la littérature. La structure que nous cherchions, apte à faire éclater le roman traditionnel (que nous tenions déjà pour obsolète) se défilait, nous faisait faux bond. Nous avions beau nous évertuer, rien n’y faisait : nos récits continuaient à se dérouler de façon classique, en racontant des histoires qui nous désespéraient.

De guerre lasse, nous changeâmes alors notre fusil d’épaule. Il allait en résulter un livre, d’un autre genre : Psychanalyse et neurosciences (Paris, PUF, 1995). L’année précédente nous avions fondé « La Moire » (un centre d’étude sur l’appareil psychique), dans le but avoué de remettre sur le fil le principe même d’une Institution psychanalytique. Ceci, sans préjuger de l’essentiel ; à savoir : la recherche d’une spiritualité moderne, adaptée à nos sociétés en pleine mutation